Au Sénégal, les agriculteurs des villages isolés n'ont pas accès aux cours céréaliers et vendent leur production au prix décidé par les intermédiaires. Manobi, société privé de services liés à la téléphonie mobile, donne la possibilité de recevoir les cours de différents marchés. Aujourd'hui, plus de 3500 agriculteurs reçoivent tous les jours, gratuitement, les cours céréaliers par SMS.
Agriculture et Nouvelles Technologies n°6 - 07/2006
Par manque dinformation et de moyens de transports, les agriculteurs sénégalais nont souvent pas la possibilité de négocier les prix que leur imposent les intermédiaires itinérants. Face à ce constat, la société Manobi a imaginé des services par téléphonie mobile et Internet permettant de suivre en permanence lévolution des prix du marché. Lexpérience est particulièrement réussie selon la société : le revenu des agriculteurs est augmenté de 50% en moyenne grâce à cet outil.
En plein travail dans son champ, lagriculteur relève la tête à larrivée dun « banas-banas », un commerçant itinérant. Sans grande marge de négociation, il cède bientôt sa production au prix fixé par le nouvel arrivé, faute de connaître ceux réellement pratiqués sur les marchés.
Nous sommes dans lOuest du Sénégal, dans la région de Niayes. La majorité des agriculteurs dépendent du passage des intermédiaires, seuls à fixer les prix. Quelle solution proposer aux exploitants souvent illettrés pour les informer, au jour le jour, sur les prix du marché ? La société Manobi, fondée par une équipe franco-sénégalaise spécialiste des systèmes dinformations et des marchés agro-industriels, a misé sur le développement de services disponibles sur le téléphone mobile, en sassociant avec Sonatel, filiale de France Télécom.
3500 agriculteurs sénégalais suivent les prix agricoles par SMS
En quelques années seulement, lexpérience se révèle concluante : actuellement, 3500 agriculteurs sénégalais consultent les prix agricoles par SMS. Selon Manobi, le revenu des agriculteurs est augmenté en moyenne de 50 %, et plus encore dans certains cas. Ainsi, Seydou Ndoye, agriculteur maraîcher à Keur Abdou Ndoye, un village de la région des Niayes témoigne : « La première saison où jai utilisé Xam Marsé [système dinformation sur les marchés agricoles via SMS], mon revenu net a quadruplé,
, Après quelques mois dutilisation, jai su comment orienter ma production pour mieux profiter des opportunités du marché. » (témoignage complet sur http://ictupdate.cta.int).
Une plate-forme Internet pour mutualiser les données
Afin de collecter les prix pratiqués, quatre personnes arpentent les marchés de la région, dont ceux de Dakar, et envoient les données à une plate-forme déchange Internet à partir dun PDA. Tous les matins, un SMS gratuit est automatiquement envoyé aux agriculteurs avec le prix dun produit au choix du client. Sils le souhaitent, les exploitants peuvent faire de nouvelles requêtes via SMS, payantes cette fois-ci, pour obtenir des informations sur dautres produits, ou encore réactualiser les données. Laccès à la plate-forme déchange est également disponible gratuitement par ordinateur, à laide dune connexion Internet fixe. Elle peut même donner lieu à des négociations entre vendeurs et acheteurs, selon labonnement contractualisé. Suite à laccueil favorable de cette technologie par les Sénégalais, Manobi développe actuellement des services en Afrique du Sud. Lentreprise a aussi lobjectif de motiver le ministère de lagriculture français pour que lhexagone puisse bénéficier de ce projet. Mais les discussions navanceraient guère, bien qu'initiées depuis plusieurs années. |